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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 08:38

Il est bien certain que non, en particulier dans une période où le financement des compétences propres de ces collectivités se raréfie. C’est le sens de la tribune publiée récemment par un conseiller régional des Pays de Loire, Franck Louvrier, dans le Figaro. Le groupe Union pour le Val d’Oise a déjà critiqué la communication outrancière et partisane du président Arnal et de sa « majorité ». Estimant que cette tribune peut directement s’appliquer à leur excès, je la reproduis intégralement ci-dessous.

 

  Texte de la tribune parue dans Le Figaro :

 « Alors que l’ARF se réunit cette semaine et que la nouvelle Association des Elus Régionaux de France (AERF), qui se reconnaît dans la majorité présidentielle, se met en place, il est important de se pencher sur la question de la communication publique régionale. Elle fait l’objet ces derniers temps, notamment au sein de nos collectivités locales, de dérapages étonnants, dus à la volonté de certains élus de privilégier la propagande électoraliste sur le devoir d’information objective.

A quelques mois d’élections cantonales et alors que le président de la République a décidé de lancer une réforme profonde et de grande ampleur pour moderniser l’organisation de nos collectivités locales, comment ne pas être interpellés par les actions de communication lancées par les présidents de conseils régionaux ou généraux de gauche ? Magazines, tracts, affiches, encarts dans la presse régionale critiquent et condamnent des projets de loi alors même que ceux-ci, loin d’être adoptés, sont toujours en discussion au parlement. Et que dire des nombreux courriers que ces mêmes présidents adressent à tous les élus de France pour faire vivre le fantasme de la disparition de tel ou tel territoire ou de tel ou tel service public ? C’est une dérive politicienne inadmissible qui met en cause la sincérité et la pluralité des opinions dans nos régions et nos départements.

Inadmissibles pour la démocratie, ces pratiques ont aussi un coût que ces élus font chèrement payer au contribuable. Depuis 2004, alors que la quasi-totalité des régions métropolitaines sont gérées par des présidents socialistes, les charges à caractère général qui intègrent notamment les dépenses de communication ont été multipliées par 4 !  Ainsi le budget communication d’une région de quelques millions d’habitants est bien souvent supérieur aux sommes consacrées par le Service d’Information du Gouvernement (SIG) qui s’adresse pourtant à plus de 63 millions de Français pour l’ensemble de la politique gouvernementale. Et cet écart s’amplifie encore si l’on considère les sommes consacrées par la région, le département, l’intercommunalité et la principale commune, c’est-à-dire sur un même bassin de population !

Ces dérives financières sont la conséquence directe de la volonté qu’ont ces élus de consacrer une grande part de leurs dépenses à de la communication politique et partisane, finalement payée par nos impôts locaux. Cela n’est rien de moins qu’un détournement des fonds publics, dont la tendance s’amplifie depuis mars 2010

Cette « tyrannie de la majorité régionale » pour invoquer Alexis de Tocqueville ne peut se justifier au sein des collectivités locales alors que l’Etat a démontré, depuis 2007, sa capacité à s’ouvrir à la minorité politique nationale en la faisant accéder aux responsabilités. La révision constitutionnelle et la nomination de personnalités de l’opposition à des postes clés de la République sont là pour en témoigner. Les élus de l’opposition n’ont pas besoin de détourner des budgets de communication régionaux en leur faveur pour exister sur la place publique : nos institutions leur garantissent – aujourd’hui plus que jamais dans notre histoire – la libre expression de la critique et une exposition médiatique certaine.

Les représentants de l’Etat en régions doivent être vigilants à ce que le pluralisme des idées et la neutralité politique soient également respectés dans les documents et propos publics. La première règle de la communication publique c’est la juste identification des sources : le citoyen doit s’avoir qui s’adresse à lui et à quelles fins. Le rôle de la région n’est pas d’influencer les citoyens sur des questions de politique nationale, mais plutôt d’informer sur les services publics de proximité et l’action de la région.

Il faudra aussi permettre à la Cour des comptes et aux chambres régionales de contrôler annuellement le détail des dépenses de fonctionnement de nos collectivités et de leurs exécutifs. En s’inspirant de ce que le président de la République s’est imposé pour les dépenses de la présidence, dès son arrivée, dans un souci de transparence. La vitalité et la confiance en notre démocratie en dépendent.

Menant une double action régionale et nationale, je ne peux que m’étonner du gouffre qui sépare les pratiques de l’Etat de celles des régions. D’un côté, un budget élyséen sévèrement contrôlé depuis 2007 par la Cour des Comptes (qui contrôle non seulement le montant des budgets, mais juge de leur bonne utilisation à des fins publiques), ainsi que par les commissions compétentes au Parlement (entre autres, la Commission des finances de l’Assemblée nationale présidée par un député de l’opposition). De l’autre, des budgets de communication régionaux astronomiques qui ne sont pas soumis à un tel contrôle, ni en terme d’intensité, ni du point de vue de leur bonne utilisation.

S’il est normal que les pratiques de la présidence de la République soient exemplaires et en avance sur celles des régions, il serait temps que ces dernières s’alignent sur les principes de transparence et de neutralité adoptés depuis plus de 3 ans à la tête de l’Etat, et que les Français jugent aujourd’hui tout simplement évidentes. »

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